Deuil animalier : des rituels pour traverser la perte

Deuil animalier : des rituels pour traverser la perte

Le deuil animalier mérite un accompagnement thérapeutique ; des ressources et des rituels peuvent aider à traverser la perte.

Vous pouvez déjà retrouver plein d’informations dans un article consacré à la réhabilitation et légitimation du deuil animalier.

Invisibilisé et incompris par la société.

Pourtant perdre un animal, c’est perdre un compagnon de vie, un confident. Parfois même un repère quotidien. Il rythme nos journées, nous donne de l’amour, nous accompagne dans nos activités, nous accueille lorsqu’on rentre à la maison,…

Le chagrin, lorsque nos animaux nous quittent, est bien réel et profondément douloureux. Mais nous manquons d’espaces et de ressources pour le vivre sereinement.


Aussi, après avoir posé les bases de ce deuil dans mon précédent article, je souhaite ici partager des pistes concrètes pour mieux traverser cette épreuve.

Vous faire découvrir le rôle du thérapeute spécialisé en deuil animalier, des rituels adaptés et explorer certains outils psycho-émotionnels qui peuvent aider à retrouver un équilibre.

Thérapeute en deuil animalier… Cela a de quoi faire lever un sourcil dubitatif n’est-ce pas ?!

Surtout de nos jours où on nous pond des coachs pour tout et n’importe quoi.

Pour autant, accompagner le deuil ET le deuil animalier requiert de véritables compétences que tous les psys et thérapeutes n’ont pas. Ce n’est pas une critique. Mais un fait !

On peut être diplômé et habilité à accompagner « la santé mentale » mais chaque sujet spécifique demande d’être particulièrement étudié.

Le deuil en fait partie.

Jamais je n’aurais imaginé m’y former.

Ayant moi-même vécu un deuil très « long » (même s’il n’y a pas de durée idéale, 18 ans… c’est beaucoup !) et très douloureux, j’avais décidé que ce serait l’une de mes limites concernant les sujets abordés en consultation.

Et puis, j’ai enfin réussi à sortir la tête de l’eau. J’ai constaté que, par ailleurs, le sujet revenait souvent d’une façon ou d’une autre, en séance.

Certaines de mes consultantes ont perdu un.e proche alors que je les accompagnais sur leur rapport à l’alimentation. Tandis que d’autres avaient déjà perdu leur maman ou leur papa. Des pertes qui laissent des traces même lorsqu’elles remontent à plusieurs années.

Alors j’ai commencé à m’y intéresser de plus près avant de saisir l’opportunité de me former, en thérapies psycho-corporelles, auprès d’une sophrologue spécialisée dans le deuil.

Et puis ces derniers mois, j’ai croisé beaucoup (trop) de témoignages de personnes ayant perdu leur animal.

Si les réseaux sociaux, notamment les groupes Facebook, leur permettent d’exprimer librement leur chagrin et de recevoir un certain soutien, j’ai constaté que celui-ci était insuffisant.

Oui, les autres personnes compatissent sincèrement, mais elles ramènent très souvent la conversation à leur propre chagrin.

« Je vous comprends, c’est une tragédie… Moi-même, j’ai perdu ma petite Ava il y a trois ans et je pleure encore tous les jours. »

Vous voyez… L’espace d’échanges atteint très vite ses limites dans de telles conditions.

Et c’est normal car des personnes blessées, elles-mêmes en souffrance, sans ressources, ne peuvent aider pleinement.

Il faut aux endeuillé.es un véritable espace tenu par une personne neutre, formée, pouvant délivrer des ressources. Pas seulement de la compassion.

En d’autres termes, en tant que thérapeute en deuil animalier, je ne viens pas témoigner de l’empathie, mais j’offre un espace :

  • Sécurisant et bienveillant : un lieu où toutes les émotions peuvent être exprimées sans crainte d’être jugées (ce n’est pas « juste un animal »).
  • Légitimant : reconnaître la souffrance, quelle que soit son intensité ou sa durée (non, tu n’en fais pas « trop » !).
  • Identitaire : aider à se redéfinir quand on n’est plus « la dogmam de… »
  • Pragmatique : accompagner la mise en place d’une nouvelle routine, alors que le quotidien était rythmé par l’animal.
  • Ressourçant : explorer ses forces intérieures, la résilience, et parfois aussi ses croyances concernant l’après-vie.

L’une des ressources que partage la thérapeute en deuil animalier, ce sont les rituels.

Les rituels sont de véritables « ponts » entre le passé et l’avenir. De ce fait, ils jouent un rôle essentiel dans le processus de deuil, en marquant symboliquement le passage de la vie à la mort.

Ils offrent aussi un espace pour exprimer les émotions autrement qu’avec des mots lorsque ceux-ci viennent à manquer.

La thérapeute en deuil animalier aide les personnes endeuillées à mettre en place des rituels personnalisés, en accord avec leurs valeurs et leur ressenti, sans imposer de modèle préétabli.

C’est une grosse partie du travail que de circonscrire quel rituel sera soutenant, car chaque personne est différente.

On peut suggérer des idées et accompagner l’élaboration des rituels choisis, tout en veillant à ce que la personne endeuillée en soit pleinement actrice.


Pour résumer, les rituels permettent de :

  • Concrétiser la perte et la rendre moins abstraite.
  • Honorer la mémoire de l’animal.
  • Exprimer ses émotions de façon symbolique.
  • Garder un lien tout en avançant vers un nouvel équilibre.

Voici quelques exemples de rituels personnalisés :


– Réaliser un album photo ou une vidéo souvenir retraçant la vie de l’animal
– Créer un lieu de mémoire dans le jardin (plantation d’un arbre ou d’une fleur, pierre gravée)
– Rédiger une lettre d’adieu exprimant ses sentiments et sa gratitude envers l’animal
– Faire un don à une association de protection animale en sa mémoire
– Partager un repas commémoratif avec des plats qu’il aimait
– Réaliser son portrait ou une sculpture à son effigie
– Diffuser de l’encens ou une bougie parfumée qu’on associe à sa personnalité

Vous l’aurez peut-être remarqué de vous-même, il se dessine différents types de rituels.

J’en ai identifié et listé trois grandes catégories.

Les pratiques artistiques et créatives ouvrent un espace privilégié pour exprimer et libérer les émotions liées au deuil. Elles permettent de donner une forme tangible à ce qui peut sembler indicible et chaotique, de transformer la souffrance en une création porteuse de sens et de beauté.

Il est démontré aujourd’hui que les pratiques créatives permettent d’initier un dialogue symbolique. L’acte créatif devient un rituel de connexion et de réparation.

La créativité est donc un précieux outil au service du deuil, qui permet de sublimer la perte et le chagrin, et de faire vivre la présence de l’être aimé sous une nouvelle forme, vivante, joyeuse.

On pense ici à la création d’un album photo, d’un carnet souvenir, la rédaction d’un récit de vie, la création artistique au sens large (dessin, bijou, cadre…).

On peut parfaitement imaginer proposer différentes pratiques spirituelles si cela correspond aux croyances de la personne endeuillée. Cela n’est absolument pas déplacé parce qu’il s’agit juste d’un animal. Une bonne fois pour toutes : ce n’est pas juste un animal !

Selon la religion de chacun.e, nous pouvons proposer des méditations, prières, visualisations,… Et des rituels plus spécifiques, inspirés du chamanisme par exemple.

La réalisation d’un autel en tant que lieu de recueillement, de prière, d’offrandes est incontournable.
Car au-delà d’un mémorial figé dans le passé, l’autel est un espace vivant qui évolue au fil du deuil. En prenant le temps de le contempler, de le modifier, de l’animer, la personne endeuillée apprend à apprivoiser l’absence et à réinventer sa relation à l’être aimé.

On peut donc envisager d’allumer une bougie ou de l’encens, créer un autel qui évolue avec les saisons, organiser une cérémonie religieuse ou symbolique, prier dans un lieu de culte, méditer ou parler intérieurement à son animal.

Les rituels laïques offrent une liberté de forme et de contenu. En somme : on peut tout envisager, du moment que cela résonne avec notre sensibilité et notre lien avec notre animal disparu.

Peu importe que cela semble fantasque, risible ou perché.

Contrairement aux rituels spirituels, il n’y a pas de dimension « sacrée », « religieuse » qui pourrait braquer certaines personnes.

On pensera plutôt aux cérémonies d’adieu qui permettent de rendre un dernier hommage au compagnon disparu. Les cérémonies se déroulent dans un cadre privé et permettent à chaque membre de la famille de s’exprimer sur ce que l’animal a représenté. Il est possible d’y lire des textes et poèmes, diffuser une chanson, jouer un morceau de musique, allumer des bougies,…

Il est aussi possible de créer un lieu de mémoire dans le jardin, organiser un repas de souvenir, écrire une lettre d’adieu, faire un don à une association, planter un arbre ou une plante en hommage.

En plus des rituels (et des différentes ressources non abordées dans cet article), un accompagnement thérapeutique pour le deuil animalier est aussi un espace d’apprentissage d’outils psycho-émotionnels.

Ceux-ci sont des béquilles, des soutiens, pour traverser la perte et se reconstruire.

Voici quelques-uns des outils que l’on peut proposer et explorer :

  • Écriture thérapeutique : écrire librement ses émotions, ses souvenirs, ses regrets.
  • L’EFT : technique de libération émotionnelle par tapotements
  • Visualisation guidée : retrouver symboliquement son animal dans une image intérieure sécurisante.
  • Sophrologie / relaxation : apaiser l’anxiété et retrouver un espace de calme.
  • Respiration consciente : accueillir les vagues d’émotions au lieu de les fuir.
  • Méditation de pleine conscience : rester présent à soi, sans se juger.
  • Objets transitionnels : garder près de soi un collier, un jouet, une photo… qui rassure et relie.

L’objet transitionnel est un objet auquel nous attribuons une valeur affective particulière et qui nous accompagne dans les moments de séparation ou de perte.

Il peut prendre différentes formes : un doudou, un bijou, un foulard, une photo, ou même un petit objet ayant appartenu à l’animal, comme son collier ou sa médaille.

Dans le cadre du deuil animalier, l’objet transitionnel permet :

  • De maintenir un lien symbolique avec l’animal disparu, sans rester figé dans la perte.
  • De sécuriser émotionnellement, en offrant un point d’ancrage tangible pour apaiser l’anxiété et le chagrin.
  • D’accompagner la transition vers un nouvel équilibre, en offrant un support concret pour exprimer la tristesse et les souvenirs.

Exemple concret : garder un petit collier ou un jouet de l’animal sur son bureau, dans un coin dédié, pour pouvoir le toucher, lui parler, ou simplement se souvenir des moments partagés. Cela peut devenir un rituel doux, intégré au quotidien, qui accompagne le processus de deuil de façon progressive et sécurisante.

Le deuil animalier est une traversée intime et il n’existe pas de « bonne manière » de le vivre.

Ce qui compte, c’est de s’autoriser à ressentir, à exprimer et à honorer le lien précieux avec son compagnon.
Qu’il passe par un rituel, un outil psycho-émotionnel ou un accompagnement thérapeutique, chaque pas est un hommage à la relation vécue et une ouverture vers un nouvel équilibre.

Dois-je absolument faire un rituel ? Non, rien n’est obligatoire. Les rituels sont des propositions, chacun choisit ce qui résonne avec lui.

Et si je n’ai pas de croyances spirituelles ? Tu peux créer des rituels laïques, simples et symboliques (lettre, arbre planté, album photo…).

Je me sens coupable de ne pas arriver à avancer… est-ce normal ? Oui, la culpabilité est fréquente. Un thérapeute peut aider à l’accueillir et à la transformer en un chemin plus apaisé.

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