Le « What about me effect » : le fléau des réseaux !

Le « What about me effect » : le fléau des réseaux !

Pourquoi le « What about me effect » est-il le fléau des réseaux ?

Un simple bol de soupe aux haricots. Rien de plus banal, et pourtant…

C’est à partir de ce plat qu’est né un concept qui fait aujourd’hui le tour des réseaux sociaux : le « What about me effect ».

Cela vous parle ?!

Tout est parti d’une créatrice de contenu, Sarah (@sarahthebookfairy), qui partage une recette toute simple sur TikTok. Mais dans les commentaires, au lieu de parler de la soupe, les internautes ramènent la discussion à leur propre vécu : « Moi je déteste les haricots », « Ah mais moi je fais ma soupe autrement », « Moi je suis allergique »…

Pppffff !!! Je soupire fort avec Sarah !


C’est donc ainsi que cette dernière a mis des mots sur une attitude que nous avons toutes et tous croisée (et parfois pratiquée ^^) : ce réflexe de nous placer comme personnage central du récit des autres.

Insupportable !

En français, on pourrait le traduire par le syndrome du « Et moi, alors ? » ou du « Bah moi, je … ».

C’est ce moment où quelqu’un, au lieu de recevoir un message pour ce qu’il est (une réflexion générale, un témoignage, un partage d’expérience), va le ramener à lui-elle.

Par exemple :

  • Vous postez sur les bénéfices de la lecture du soir, et un commentaire surgit : « Oui mais moi, je n’arrive pas à lire, j’ai des enfants en bas âge » (on s’en fout !!)
  • Vous écrivez un article sur l’importance des pauses, et quelqu’un répond : « Moi, je ne peux pas me permettre de m’arrêter » (on s’en fout !!)
  • Vous partagez une recette à base de farine de blé et de bananes et tous les commentaires tournent autour de l’intolérance au gluten ou des possibles alternatives à la banane. Pppppfffff !!! Comment te dire les choses gentiment Cindy ?! Si tu n’aimes pas la banane, peut-être que tu peux juste passer ton chemin en fait et faire une tarte aux pommes !

C’est humain, bien sûr. Mais quand cela devient systématique, cela peut brouiller le sens initial du message. Et agacer profondément la personne qui s’est cassée la tête à créer un contenu qualifié.

En tant que créatrice de contenu sur Instagram depuis 2019, j’ai évidemment tâté du « What about me effect » plus souvent qu’à mon tour.

D’où mon idée de me renseigner à son sujet et de rédiger cet article !

J’en avais entendu parlé sous l’appellation « Myself commenter syndrome », dans une newsletter rédigée par une copywriteuse, très au fait des tendances, gossips et nouveautés des Internets !

Je me souviens m’être dit : « Ah punaise !!! ça a même un nom !! ». Et avoir compris à ce moment-là qu’il s’agissait d’un véritable fléau, flirtant avec l’égocentrisme. Quoi de plus normal sur les réseaux, me direz-vous ?!

D’expérience, c’est immanquablement quand je partage une story présentant de la bouffe que ma messagerie suffoque de messages « Bah moi… ».

« Bah moi, si je mange tout ça ! »

« Et bah moi, j’ai déjà essayé le skyr et j’ai détesté. »

« Euh bah moi, les produits laitiers… »

*soupiration suprême !*

Quant aux posts, je fais maintenant très attention à ma manière d’aborder certains sujets. Non pas que je ne veuille pas froisser les âmes sensibles. Mais j’ai franchement la flemme de dealer avec les égos hypertrophiés qui pensent qu’on parle d’eux, même dans la Bible.

Bien évidemment, si ce mécanisme est devenu un tel fléau sur les réseaux, ce n’est pas pour rien.

Ce réflexe de tout ramener à soi n’est pas anodin. On peut nommer au moins trois mécanismes psychiques qui nous poussent à le faire.

La projection : On lit dans les mots de l’autre un reflet de nos propres insécurités. Si je doute de ma légitimité, tout propos sur « les gens qui doutent trop » peut me paraître une attaque déguisée. Si je culpabilise de ne pas faire de sport, je vais surréagir en lisant les posts qui en vantent les mérites.

Et je vais me sentir poussée à commenter : « Oui mais moi, j’ai trois enfants… » Ou plus agressif « Tout le monde n’a pas que ça à foutre ».

La blessure narcissique : Un message vient frotter une zone fragile. Être mis-e dans une « case », se sentir réduit-e à une catégorie ou stigmatisé-e : ça déclenche une défense immédiate. C’est ce que l’on retrouve souvent sous les posts qui parlent de troubles du comportement alimentaire, de grossophobie, de rapport à l’alimentation. Et c’est pour ça que je laisse le sale boulot à mes consoeurs, préférant poster des photos de mon chien !

Le besoin d’exister : Répondre « Moi je… » c’est une façon de reprendre la lumière, d’affirmer sa singularité. Comme si dire « Moi je suis différente » protégeait d’une forme d’invisibilité. Les gens aiment donner leur avis, partager des conseils non sollicités. Et généralement, ces personnes-là sont plutôt à plaindre qu’à blâmer. Se placer au centre de l’attention pour dire « je suis unique, ne m’oubliez pas », avouez que c’est triste…

Le « What about me effect » est un fléau des réseaux sociaux. Même si on peut le rencontrer ailleurs (genre à la machine à café du boulot !). Il n’en reste pas moins que les réseaux sociaux sont un terreau fertile pour ce genre d’égo-trip !

A mon sens, on peut discerner trois raisons principales :

  • Les formats courts : un post est une idée condensée qui peut paraître plus catégorique et injonctive/ accusatrice. Le lecteur entend : « il faut faire du sport », « il faut lire », alors que le créateur informe et essaye juste de motiver/ partager sa passion.
  • L’illusion de proximité : on lit un texte comme s’il nous était personnellement adressé, alors qu’il s’agit d’un message collectif. Et oui, une créatrice de contenus qui propose une recette ne pourra pas proposer des alternatives pour tout le monde ! Sans gluten, vegan, sans banane, sans dattes,…
  • L’immédiateté : sur les réseaux, on commente à chaud, sans recul, parfois dans l’émotion pure.

Résultat : ce qui était une réflexion générale devient, dans l’esprit du lecteur, une flèche dirigée contre lui. Et le propos initial est détourné, sacrifié, gâché.

Se reconnaître dans un message est tout à fait normal : c’est le principe même de la communication. Mais il y a une différence subtile entre identification et appropriation.

  • Identification saine : « Tiens, ça me parle, j’y retrouve un bout de mon histoire. » Ou « ça me parle mais mon expérience perso a été différente ». En tout cas, ça résonne.
  • Appropriation : « Ça parle forcément de moi, donc je dois me défendre ou rectifier les conneries qu’ose proclamer cette mécréante. »

La première ouvre au dialogue et à l’introspection.

La seconde enferme dans un réflexe défensif, qui invisibilise souvent le propos de départ. Et manque cruellement de respect envers la personne qui a publié le contenu avec de bonnes intentions.

Bonne nouvelle : il est possible de ne plus se prendre pour le nombril du monde !!

Sortir de ce réflexe permet d’entendre et apprécier les propos pour ce qu’ils sont. Et peut même alléger la vie numérique qui est déjà bien assez gangrénée par les trolls.

Voici quelques pistes :

Accepter de ne pas être le centre de l’univers ni un Dieu omniscient.
Et si, justement, tout ne tournait pas autour de soi ? Laisser de l’espace, c’est aussi s’offrir la possibilité de découvrir d’autres horizons. S’intéresser aux autres, entendre d’autres points de vue, c’est comme ça qu’on gagne en ouverture d’esprit.

Faire une pause avant de réagir
Plutôt que de commenter immédiatement, prendre quelques minutes pour respirer. Laisser retomber l’émotion aide à distinguer projection et réalité.

Se poser la question clé
« Est-ce que cette personne me parle vraiment à moi ou est-ce que ce post touche une corde sensible ? »

Différencier message et ressenti
Le message de l’autre a une intention. Mon ressenti m’appartient. Mélanger les deux, est souvent source de quiproquos.

Au fond, ces petites frictions révèlent une chose : notre difficulté collective à nous décentrer.

Apprendre à lire sans se sentir attaqué-e, c’est un entraînement à l’humilité et à la maturité émotionnelle.

Et si, la prochaine fois qu’un post pique un peu, au lieu de commenter « Oui mais moi », on prenait un instant pour se demander : qu’est-ce que ça vient toucher en moi ?


La réponse est peut-être moins confortable… mais bien plus enrichissante.

Parce qu’après tout, non : ce post ne parle pas de toi. Et c’est une excellente nouvelle.

Est-ce que ça veut dire que je suis égocentrique si je me sens visé-e ?
Pas du tout. Se sentir concerné-e, ça arrive à tout le monde. C’est humain. Ce qui compte, c’est de se demander pourquoi ça résonne autant, plutôt que de réagir sur le coup.

Mais si vraiment je ne suis pas d’accord, je fais quoi ?
Exprimer un désaccord est sain. L’enjeu, c’est le comment. Dire « Je vois ça différemment parce que…  » ouvre la discussion. Dire « Tu as tort, car moi…  » ferme le dialogue.

Pourquoi certaines personnes se sentent plus souvent visées que d’autres ?
Ça dépend de la sensibilité, du vécu, des insécurités. Plus un sujet touche une zone fragile, plus la tentation est forte de se sentir concerné-e.

Est-ce que ce n’est pas la faute de l’auteur-ice du post, qui devrait nuancer davantage ?
Mouichhhhh. Une auteur-ice peut essayer de nuancer au mieux ses propos, mais iel ne pourra jamais tout prévoir. La responsabilité est partagée entre ce qui est dit… Et la façon dont c’est reçu. C’est comme cela que fonctionne le schéma de la communication.

Comment éviter de tomber dans le « Oui mais moi » en commentaire ?
Prendre une petite respiration avant de taper sa réponse, et se demander : « Est-ce que je réagis au post, ou à mon ressenti ? » Parfois, ça suffit à changer complètement la tonalité.

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