Déconstruire les clichés et croyances autour des troubles du comportement alimentaire

Déconstruire les clichés et croyances autour des troubles du comportement alimentaire

Le 11 mai dernier, j’ai été invitée par les étudiants de la Faculté d’ingénierie et Management de la Santé de Lille à intervenir lors d’une conférence sur les troubles du comportement alimentaire.

J’avais le libre choix du sujet et j’ai naturellement opté pour une approche éducative et pédagogique de la déconstruction des clichés autour des TCA.

C’est ce qui m’anime en toute chose, déconstruire pour reconstruire et permettre une meilleure compréhension et -dans le cas qui nous préoccupe ici- une meilleure prise en charge pluridisciplinaire.

Je te partage ici, en toute transparence et sans aucun changement, mon intervention.

Je t’en souhaite une riche et belle lecture qui, je l’espère, te permettra d’apprendre de nouvelles choses et/ou de te sentir compris.e

J’interviens en tant que thérapeute, spécialisée dans l’accompagnement des troubles alimentaires et, pour être parfaitement transparente, en tant que femme ayant côtoyé les TCA, plus précisément l’anorexie et l’orthorexie de nombreuses années.


Mon intervention, au-delà de vous apporter certaines connaissances concernant les TCA (notamment leurs causes, conséquences et manifestations) a surtout pour objectif de déconstruire les idées reçues que nous pouvons tous avoir sur ce sujet, et qui peuvent ralentir une prise en charge, un processus de guérison, générer de l’incompréhension, de la culpabilité, honte et autres sentiments inconfortables et délétères


Je terminerai en exposant les apports de la sophrologie dans l’accompagnement des TCA ainsi que ma propre posture de thérapeute.

Les clichés autour des TCA

De nombreuses pathologies psychiatriques font l’objet de stigmatisation et d’incompréhension. C’est le cas des Troubles Alimentaires


On pense quasiment tous pouvoir fournir une définition assez juste de ce qu’est un trouble alimentaire :


Les anorexiques se privent de manger et sont maigres
Les boulimiques mangent à outrance et se font vomir et/ ou sont grosses


Et, forcément, cela fausse nos croyances concernant les clés de guérison : les un.es n’ont qu’à manger davantage, les autres, penser à autre chose ou arrêter d’acheter des biscuits et de la glace pour aller mieux.
C’est un peu simpliste pour définir et expliquer un trouble qui relève de la psyché humaine


Il est très important de comprendre, dans un premier temps, que l’apparence physique (l’IMC) n’est en rien un indicateur suffisant pour déterminer si une personne souffre ou non de TCA.


On peut très bien avoir un comportement et des pensées restrictives tout en ayant un IMC dit normal, voire un surpoids. Tandis qu’on peut tout à fait faire des crises compulsives et être en sous-poids, car sont mis en place des comportements compensatoires type hyperactivité ou purges/ vomissements.


Par ailleurs, les troubles alimentaires ne concernent pas uniquement les adolescentes.
Les jeunes hommes sont aussi concernés, tout comme les adultes, homme, femme, non binaire
On a en tête le cliché de l’adolescente souhaitant ressembler à ses stars préférées, qui se met au régime pour plaire aux garçons ou alors pour attirer l’attention de ses parents.
Or, les TCA ne découlent pas nécessairement d’un régime, ne sont pas causés uniquement pas les diktats de la société en matière de beauté, et sont loin d’être un caprice pour se rendre intéressant.

Les caractéristiques psycho-pathologiques communes aux personnes atteintes de TCA


Il n’y a donc pas de pré-requis basé sur l’âge ou le genre pour être un bon candidat aux TCA néanmoins, on retrouve de manière récurrente des caractéristiques psycho-pathologiques spécifiques communes aux personnes atteintes de troubles alimentaires.


Bien entendu, de manière isolée et d’intensité modérée, ces caractéristiques n’auront pas d’incidence sur la santé mentale d’une personne ; ne pourront pas « déclencher » un trouble alimentaire


Mais en cas d’accumulation de ces celles-ci, et lorsqu’elles sont présentes de manière plutôt intense (intensité évaluée à 6/10 minimum) alors elles pourront faire le nid et/ou accentuer et nourrir un TCA


Sachant que, par un double mouvement, un TCA peut parfaitement intensifier et alimenter ces caractéristiques, on se retrouve vite pris au piège d’un sacré cercle vicieux !


Cette étude qui a isolé ces caractéristiques me semble essentielle à prendre en compte lorsqu’on souhaite se libérer d’un TCA ou lorsqu’on est thérapeute accompagnant une personne qui en souffre
Puisqu’on comprend bien ici que la relation troublée à l’alimentation n’est pas le problème racine d’un trouble alimentaire, mais son expression dans la matière, sa manifestation concrète


Ce n’est donc pas uniquement avec un travail sur l’alimentation qu’on avance sur le chemin de guérison mais par une démarche holistique qui prend en compte l’âme et le cœur en plus du corps


Voici les caractéristiques mises en lumière par l’étude


Le mal être
le manque de confiance en soi
le manque d’estime de soi
le manque d’affirmation de soi
la honte (le sentiment d’être indigne d’exister et d’être aimé)
le besoin de contrôle
le perfectionnisme
la psychorigidité
la peur ou le rejet de son propre plaisir (je ne mérite pas)
le sentiment d’impuissance
l’attachement excessif à un/ des proche.s
la culpabilité

Une origine multifactorielle

Il est impossible de déterminer une cause aux TCA, car les raisons qui entrainent sur cette voie sont multifactorielles.


Au-delà des caractéristiques psycho-pathologiques présentées précédemment, chaque patient a son histoire et ses traumas ; et on peut considérer qu’il y a autant de TCA que de personnes atteintes de TCA et, forcément, autant de chemins de guérison possibles -ce qui montre encore une fois l’importance d’une approche holistique et pluridisciplinaire.


Notons néanmoins que de récentes études montrent l’importance du microbiote dans la prise en charge de l’hyperphagie et de la boulimie


Une des plus grandes découvertes est que les patients qui présentent une boulimie ont un nombre très important de mutations dans les récepteurs GLP1 (une hormone intestinale, ou incrétine, sécrétée en réponse à une prise alimentaire.


Par ailleurs, il existe des modifications de volume dans certaines régions cérébrales chez les personnes côtoyant l’anorexie qui pourraient être impliquées dans la physiopathologie du trouble
Cette différence anatomique pourrait sous tendre une expérience sensorielle trop intense face à certains aliments palatables, expliquant certains comportements d’évitement alimentaire
cf hypersensibilité chez les patient.es anorexiques


Bien qu’il soit aujourd’hui admis que la génétique joue un rôle important (augmentant de 50 à 80% le risque de développer un TCA), il n’y a que peu de gènes spécifiques qui soient réellement impliqués.
Il est néanmoins remarquable que les patients souffrant de TCA ont dans leur entourage familial une ou des personnes souffrant ou ayant souffert d’addictions (alcool, drogue notamment)


Si la cause originelle n’est pas identifiable (la liste des facteurs ne pouvant être exhaustive et encore moins universelle), on peut affirmer que les TCA lorsqu’ils sont chroniques, génèrent de nouvelles causes physiologiques qui maintiennent le TCA.


En somme, le TCA nourrit le TCA

Les conséquences des TCA

Les TCA sont des pathologies qui impliquent des perturbations significatives du comportement alimentaire comme expression d’une souffrance psychique.


Le diagnostic se fait après plusieurs semaines, voire mois, d’évolution.

En plus d’un rapport perturbé à l’alimentation, les TCA induisent des préoccupations excessives, disproportionnées, voire obsessionnelles pour le corps et le poids, entrainant parfois une dysmorphophobie.


La personne souffrant de TCA lie son estime d’elle-même ou son mérite à son poids ou à sa capacité de contrôle. Cela entraîne forcément une forte anxiété, des angoisses, de la tristesse, pouvant aller jusqu’à la dépression.


Les conséquences des TCA, aussi bien physiques que psychiques, sont très graves ; c’est pourquoi il ne faut pas minimiser ces troubles et qu’il est nécessaire de briser les tabous qui les entourent en libérant la parole.


Atteinte du foie, diminution du fonctionnement hormonal, carence en potassium pouvant affecter le coeur, fonte musculaire globale (incluant les muscles du système digestif) anémie, diminution des défenses immunitaires, aménorrhée, possible infertilité, trouble du rythme cardiaque, chute des cheveux…


Mais au-delà des apparences et de l’aspect santé physique, les TCA sont une souffrance⁠ émotionnelle et psychique


Une vie sociale, familiale, professionnelle qui peuvent être réduites à néant⁠ car la personne s’isole ou est trop épuisée
C’est aussi pour elle, vivre quotidiennement face à un reflet qui répugne autant qu’il obsède, avec un corps malmené parfois détesté. La hantise du gras, des cuisses qui se touchent et du ventre gonflé perçu comme énorme⁠
C’est mettre tout en œuvre à longueur de semaines pour sculpter son corps, pour le sentir lisse, creux, léger, vide, la peau fine et translucide, les veines apparentes⁠.


Vivre des crises de compulsion de plusieurs kilos de nourriture, impossibles à digérer, qui épuisent. Des purges, des vomissements qui entachent fortement l’estime de soi, donnent l’impression de vivre des expériences en dehors de son propre corps. Un gouffre financier qui peut entraîner le recours à des crédits.

Comment reconnaître que l’on souffre de TCA ?


A mon sens, un TCA (lorsqu’il est vécu) se reconnaît principalement à la petite voix manipulatrice et malveillante qui, en dépit des évidences (la maigreur, la perte de lien social, l’épuisement, les crises compulsives à répétition…), pousse à adhérer aux propos les plus abjectes, aux critiques, pousse à mentir -à soi et à l’entourage-, à rompre avec ce qui procurait auparavant du plaisir


Ce qui empêche la sortie de ce piège sont le déni (dans un premier temps, appelé Lune de Miel, où le TCA apparait comme salvateur) puis la peur de prendre du poids, de ne plus savoir vivre sans TCA, perdre sa bouée de sauvetage, de se découvrir vraiment.


Une prise de conscience est nécessaire pour hacker le système de l’intérieur et, à sa suite, une détermination à toute épreuve, de l’audace, du pragmatisme, de l’auto compassion, beaucoup de patience, et le meilleur accompagnement possible.


Cette voix qui semble extérieure à soi et qui alimente le cerveau de contradictions, fausses croyances, mensonges et de manipulation s’immisce insidieusement et est trop souvent légitimée par la grande mode du « healthy », très valorisante et valorisée socialement, notamment sur les réseaux sociaux


Voici certaines fausses croyances auxquelles la petite voix des TCA nous fait adhérer :


« Tu es gros/se »
« Tu es nul.le »
« No pain no gain »
« La nourriture se mérite ! »
« Si tu commences à manger, tu vas perdre le contrôle »
« Il y a de bons et de mauvais aliments »
« Tu pourras arrêter de contrôler/maigrir quand tu veux »
« Une diète n’a jamais fait de mal à personne »
« Si tu veux manger un dessert/ au restau/ « te faire plaisir » tu dois te resteindre/ sauter un repas/ faire plus de sport »
« Il faut dépenser les calories ingérées »

Pensées et conduites qui doivent alerter

Quelles sont les conduites et pensées qui doivent alerter même si on ne souffre pas d’un TCA à proprement dit


Nous vivons dans une société qui aime bien les étiquettes. De ce fait, si on n’entre pas dans la case anorexie ou boulimie, on ne se sent pas toujours légitime à demander de l’aide alors qu’on souffre bel et bien d’un rapport douloureux à l’alimentation


Il est vrai que toute relation difficile avec la nourriture n’est pas un TCA.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas y accorder de l’attention et que la souffrance ressentie n’est pas réelle

Voici une liste (non exhaustive à nouveau) de conduites et pensées qu’il est possible d’avoir régulièrement et qui ne sont pas vivables sur le long terme

Penser dès le matin à ce qu’on va (ou non) manger

Faire des « écarts », « cheat meal », plaisirs, petits extra… compensés par culpabilité

Regarder les « Journées dans mon assiette » sur YouTube, poster tous ses repas sur insta (avec les macros !) en attente de validation et reconnaissance sociale

Suivre beaucoup de régimeuses/fitgirls (et se comparer)

Se peser très souvent et connaître son poids au gramme près (celui ci ayant en prime une incidence sur l’humeur)

Peur obsessionnelle de grossir

Enchaîner les régimes, ne plus du tout être à l’écoute de ses sensations mais manger uniquement avec son mental selon des règles strictes

Se dénigrer physiquement, pincer ses bourrelets, scruter sa cellulite avec dégoût

Difficulté à manger hors de chez soi, un plat préparé par autrui, ou de manger autre chose que ce qui était prévu.
Faire du sport pour changer son corps alors qu’on n’aime pas ça

Toujours finir son assiette (voire celles des enfants) au-delà de ses sensations de faim et de rassasiement

Les buffets à volonté et les fêtes de fin d’année sont un cauchemar

Ne pas savoir s’arrêter après un biscuit

Refuser une invitation pour un week-end ou des vacances de peur de sortir de sa routine alimentaire et sportive

Ne plus prendre de plaisir à être à table même entouré de ses proches et amis chers

Si vous avez répondu OUI à plusieurs affirmations, il est important que vous fassiez la paix avec vous-même et votre alimentation

Que vous compreniez qu’un poids idéalisé n’est pas un poids idéal

Que vous perceviez les aliments autrement que comme des vilaines calories

Et que vous demandiez de l’aide

Reconnaître qu’un proche souffre de TCA

Comment reconnaître qu’un proche souffre de TCA ou d’un rapport conflictuel avec son alimentation et son corps mettant en péril son estime de soi ?


Iel parle très souvent de son corps, se fixe des objectifs toujours plus ambitieux nécessitant une hygiène alimentaire et sportive toujours plus strictes ; iel se compare beaucoup aux autres, suit des comptes instagram de fitgirls ou de régimes, ne prend plus de dessert, plus de goûter, évince certains aliments, puis catégories d’aliments, refuse de manger autre chose que ce qu’il elle a préparé, refuse les sorties et invitations, perd du poids/ prend du poids, semble plus triste, se lance à fond dans ses études, semble de plus en plus irrité.e et irritable, s’engage à l’extrême dans certaines causes, ne pratique que la politique du tout ou rien, développe des TOC ou ritualise de plus en plus son quotidien, boit énormément d’eau, de thé, de soda pour se remplir, remplace systématiquement certains aliments du quotidien par d’autres moins caloriques…

L’apport de la sophrologie dans l’accompagnement des TCA


La sophrologie en tant que technique psycho-corporelle est une approche douce, compréhensive, respectueuse des douleurs (du corps, du cœur, de l’âme et de l’esprit) tout en ancrant une réalité corporelle réelle et ressentie comme neutre.

Il ne s’agit pas de faire du body positivisme, même si l’amour de soi est une valeur fondamentale que nous gagnons tous à honorer et nourrir.


La sophrologie permet de travailler sur le ressenti corporel afin de faciliter l’accès à la perception des sensations et des émotions.


Les personnes côtoyant les TCA vivent très souvent dans leur tête, avec un mental omniprésent, des pensées encombrantes, arborescentes -qu’elles soient toxiques ou non, ces pensées peuvent parfois être très créatives, joyeuses voire euphoriques !-, les patients sont totalement coupées de leur corps qui, paradoxalement, se rappelle à eux par d’intenses douleurs (notamment digestives) mais aussi des insomnies, des oedèmes, ballonnements,…


Dans son parcours de soin le patient est également « fragmenté ».
Il doit sauver son corps, en priorité. Reprendre du poids ou en perdre, combler les carences, réparer son métabolisme et son système hormonal…
Le reste vient après (panser les blessures du coeur, libérer les émotions…)


Or, un corps restauré n’est pas un être Humain guéri


La sophrologie va permettre de recoller les parties dissociées, de faire le lien entre le corps et l’esprit, d’ouvrir une autre voie d’accès à la guérison, en associant toutes les sphères de l’être !


Tête-Coeur-Corps


Les techniques sophrologiques facilitent l’expérimentation de nouvelles sensations corporelles, agréables, par la détente et le relâchement musculaire.

Elles permettent également de renforcer les ressources internes afin de restaurer la confiance et l’estime de soi.

Les visualisations positives permettent de partir en quête des qualités et points forts du consultant, en revivant des réussites et situations gratifiantes du passé pour nourrir de possibles lendemains sereins.

La sophrologie livre des outils pour faire face à l’anxiété, pour faciliter l’affirmation de soi, pour partir à la découverte d’autres modes de satisfaction que la nourriture, pour se déconditionner d’habitudes alimentaires néfastes, développer une nouvelle conscience dans la façon de se nourrir, d’expérimenter l’art de la dégustation en apprenant à éprouver la faim physiologique, le rassasiement et la satiété

Mon positionnement et mes valeurs


Ayant moi-même connu les troubles alimentaires, on me demande parfois si mon choix d’accompagner à mon tour les personnes qui en souffrent est une forme de revanche, voire de vengeance

Être thérapeute n’est, selon moi, pas compatible avec la notion de vengeance parce que cela signifierait que mon travail introspectif et mon chemin de guérison ne sont pas achevés. Ce serait alors la porte ouverte aux rechutes et aux projections qui mettraient à mal mon intégrité et celle des personnes que j’accompagne⁠


Je ne suis néanmoins pas invulnérable.


J’ai des blocages dans d’autres domaines, des fêlures, des blessures qui souvent me secouent mais que je peux sonder, comprendre, libérer.


Que j’ose explorer par moi-même avec les outils dont je dispose, et pour lesquelles je n’hésite plus à demander de l’aide.


Un thérapeute qui a trouvé sa posture juste n’est pas un gourou ! Il partage son expérience et invite l’autre à découvrir et vivre la sienne.

Il ne se soigne pas à travers son patient et n’est pas là pour lui dicter ce qu’il doit faire.


Cette alliance thérapeutique repose sur les valeurs de congruence et d’authenticité pour mener le consultant à l’autonomie.


Mon positionnement d’accompagnante pourrait se résumer à cet essentiel : je comprends ce qu’il se passe en toi sans pour autant m’identifier à ce que tu vis et sans projeter sur toi ma propre histoire.

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J’espère que cette intervention t’aura permis de poser un regard neuf sur les TCA.

Si ma vision et ma démarche t’ont donné envie d’aller plus loin avec moi, je t’invite chaleureusement à me contacter pour que nous puissions en discuter

Tu peux aussi venir me rejoindre sur instagram et me parler en message privé

Avec Amour,

Emma

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