Psychologues VS psychopraticiens : ce que ce débat dit vraiment du soin psychique

Psychologues VS psychopraticiens : ce que ce débat dit vraiment du soin psychique

Depuis plusieurs semaines, Instagram voit fleurir des publications opposant les métiers de psychologue et de psychopraticien.


D’un côté, des psychopraticiens racontent les blessures laissées par certains suivis expéditifs, froids ou maltraitants.

« MOI, je reçois en séances des personnes traumatisées par des psychologues hautains qui ne se souvenaient jamais d’elles d’un RV à l’autre. »

De l’autre, des psychologues et psychiatres dénoncent des praticiens « auto-proclamés », insuffisamment formés et dangereux.

« MOI, je récupère en consultation des personnes qui décompensent parce qu’elles ont été suivies par un charlatan New-Age. »

Et au milieu de tout cela : énormément de colère, beaucoup de caricatures, des séries de posts virulents qui frôlent le harcèlement et la calomnie… et finalement très peu de nuance.

Comme toujours sur Instagram (d’où mon choix de partager mon avis ici et non là-bas).

En tant que psychopraticienne, ce débat me touche forcément (ce n’est jamais agréable de se faire, même indirectement, trainer dans la boue).


Mais plus je l’observe, plus je pense qu’il révèle quelque chose de bien plus vaste que de simples querelles corporatistes.

Il raconte aussi l’état actuel du soin psychique, les limites de notre système, les besoins immenses d’accompagnement… et le vide qui existe aujourd’hui entre les professions réglementées et certaines réalités du terrain.

Une partie de moi ne peut s’empêcher de penser qu’on ne peut pas jouer les stars et les influ-psy ET faire son travail correctement…

Essayons d’aller un peu plus loin ensemble !

« Les psychopraticiens ont eu la flemme de faire des études de psycho »

C’est une des attaques récurrentes que l’on peut lire dans les commentaires des publications à charge contre les psychopraticiens.

Comme si être psychopraticien signifiait forcément :

  • vouloir être psychologue sans en avoir les capacités intellectuelles,
  • rechercher le prestige associé au mot « psy »,
  • contourner des études longues par facilité,
  • s’en battre les reins des diplômes et de la formation.

Or, la réalité est bien plus nuancée.

On a l’impression que les psychopraticiens sont des acteurs de sitcom, obligés de justifier de leur légitimité auprès de l’élite Hollywoodienne oscarisée !

Personnellement, je ne me présente jamais comme « psy », comme ça, pas d’embrouilles !

Je trouve malhonnête de jouer sur l’ambiguïté de l’abréviation.

Précisément parce que les métiers sont DIFFERENTS !!

D’où mon choix conscient, volontaire, éclairé, assumé d’être psychopraticienne et pas psychologue.

Comme un cuisinier peut ne pas s’intéresser à la pâtisserie !

(Mes images sont éclatées, mais je ne sais pas m’exprimer sans elles !!)

Je ne me considère pas comme une psychologue ratée ou frustrée car je n’ai jamais souhaité en être une. Et avec un parcours de 11 années à l’université, puis 12 de formation continue autour de la santé mentale/ relation d’aide, ne me parlez pas de « flemme de faire des études » !

La psychopratique correspond davantage à ma posture, à mon souhait d’accompagner. Comme dans mon ancienne vie, enseigner en individuel hors Education Nationale, correspondait davantage à ma manière de transmettre, alors que j’avais tous les diplômes nécessaires.

Reconnaître que les métiers sont différents et et arrêter de dire que les psychopraticiens sont des feignasses usurpatrices, me semble la base pour recentrer le débat. Et stopper les guerres d’ego.

Là où les psychologues ont entièrement raison !!

Donc, tous les psychopraticiens ne sont pas des psy ratés, des opportunistes ou des charlatans qui régleront tous vos problèmes en vous vendant des Pierres de Lune ;

(Ne rigolez pas, j’ai réellement lu ça dans un commentaires à charge : « les psychopraticiens avec leurs trucs New Age qui te disent de dormir avec une Pierre de Lune sous ton oreiller. »

Mais… Quel amalgame débile !! (Désolée, mais là c’est trop !)

Toutefois, il y a une chose essentielle à dire :
certaines critiques et inquiétudes exprimées par les psychologues et psychiatres sont parfaitement légitimes. Et je les partage entièrement.

Aujourd’hui, il existe quantité de « formations » en ligne promettant de devenir psychopraticien en quelques semaines, parfois pour quelques dizaines d’euros (véridique : 57 euros !!) (Lunaire !!). Certaines sont générées par IA, sans aucun suivi, sans supervision, sans travail clinique sérieux. Sans même une seule interaction avec un humain, un enseignant, un formateur,…

Juste des PDF. Au mieux des vidéos.

Cela me choque profondément et me met même très en colère. Ces fausses écoles en ligne devraient être interdites et punies par la loi.

Parce qu’accompagner des êtres humains en souffrance psychique ne devrait jamais être traité comme une activité que l’on improvise après quelques modules vidéo.

Le champ du soin psychique touche :

  • aux traumas,
  • aux troubles alimentaires,
  • aux violences,
  • à la dépression,
  • aux troubles dissociatifs,
  • au risque suicidaire,
  • à des fragilités extrêmement profondes.

Il est donc parfaitement normal que cela exige :

  • de la formation,
  • de l’éthique,
  • de la supervision,
  • de la réflexion clinique,
  • une conscience très claire de ses limites.

Je comprends aussi parfaitement que les psychologues soient très irrités face au flou entretenu par certains praticiens autour de l’abréviation « psy ».
Certaines bios Instagram volontairement ambiguës jouent clairement sur cette confusion. Et cela participe à brouiller les repères pour le public.

Le problème n’est donc pas la demande d’exigence des psychologues.


Au contraire.

Le problème est peut-être plutôt l’absence actuelle de cadre lisible et sérieux pour les professions d’accompagnement hors université !

Mais alors : pourquoi autant de personnes consultent des psychopraticiens ?

Parce qu’on est bien d’accord qu’il n’y a pas d’offres sans demandes !!

Réduire tous les psychopraticiens à des charlatans sectaires dangereux ne fait pas avancer l’affaire.

Cela empêche de poser une question essentielle :


pourquoi autant de personnes cherchent-elles aujourd’hui des espaces d’accompagnement alternatifs ou complémentaires (concernant leur santé mentale ET globale) ?

Car, n’en déplaise aux diplômés, cette réalité existe.

Beaucoup de personnes arrivent chez des psychopraticiens, mais aussi chez des naturopathes, des praticiens en médecine chinoise ou d’autres approches complémentaires après avoir eu le sentiment :

  • de ne pas avoir été entendues,
  • d’avoir été expédiées,
  • infantilisées,
  • médicalisées trop rapidement,
  • réduites à des symptômes.

Le lien avec l’errance médicale

C’est particulièrement vrai dans certains parcours féminins : combien de femmes racontent avoir trouvé davantage d’écoute et de considération dans des espaces complémentaires après avoir été minimisées ou malmenées dans certains parcours médicaux classiques ?

Combien de témoignages de femmes ayant eu affaire à des gynécologues violents, traumatisants, dédaigneux avant de trouver un équilibre auprès d’une naturo, ultra calée en santé féminine ?

Dire cela ne signifie pas que la médecine allopathique est inutile et délétère ni que les psychologues sont des monstres froids et maltraitants

Ce serait aussi caricatural que l’inverse.

Mais cela montre que beaucoup de patients cherchent aujourd’hui du temps, de l’écoute, du lien, de la continuité, de l’humanité.

Et il me semble important de regarder aussi les conditions dans lesquelles travaillent les professionnels du soin psychique aujourd’hui.

CMP saturés, délais immensément longs (comme dirait l’autre : « on a le temps de crever ! »), psychologues débordés, psychiatres désabusés (qui te balance ton diag et tes cachetons sans ménagement, merci aurevoir), consultations parfois chronométrées, expéditives.

Nous sommes dans une période où les besoins en santé mentale explosent, alors même que les moyens ne suivent pas.

Et c’est ce point qui est fondamental.

Le véritable problème : un immense vide dans la prise en charge psychique

Le débat actuel dépasse largement la question :

Les psychopraticiens sont-ils légitimes ? Les psychologues sont-ils irréprochables ?

Le vrai sujet est plutôt celui-ci :
que se passe-t-il quand les besoins psychiques d’une société deviennent immense mais que les structures de prise en charge ne suffisent plus à répondre à la demande ?

Parce qu’aujourd’hui :

  • de plus en plus de personnes souhaitent prendre soin de leur santé mentale,
  • les listes d’attente s’allongent,
  • certaines spécialisations manquent cruellement,
  • beaucoup de patients errent entre différents suivis,
  • et le besoin d’accompagnement devient massif.

Et c’est précisément dans ce vide que se développent à la fois :

  • des pratiques complémentaires parfois précieuses,
  • mais aussi des dérives profondément préoccupantes.

C’est pour cela que je pense que les guerres de territoire sur Instagram passent à côté de l’essentiel.

Le vrai sujet n’est pas « les psychopraticiens sont-ils des charlatans et les psy des redresseurs de tort zélés ? ».

Les sujets sont :

  • comment protéger les patients,
  • comment améliorer l’accès aux soins,
  • comment mieux encadrer (légalement) les accompagnements,
  • comment créer davantage de complémentarité plutôt que du mépris mutuel.

Les psychopraticiens ne se réjouissent pas du manque d’exigence… au contraire !

Personnellement, si une formation exigeante, longue, sérieuse et reconnue pour les psychopraticiens existait avec au programme :

  • psychopathologie,
  • psychotrauma,
  • relation d’aide,
  • éthique,
  • supervision,
  • travail clinique,
  • connaissance des limites professionnelles

j’aurais adhéré immédiatement.

Car cette profession a besoin de plus de clarté, de cadre, de lisibilité pour les patients.

Mais je pense aussi que le mépris n’aide personne.

Ni les patients, ni les professionnels encore moins la réflexion collective autour du soin psychique.

Nous avons besoin de pluridisciplinarité, de dialogue, de complémentarité en bonne intelligence.


Et d’une pensée beaucoup plus large sur l’état actuel de la santé mentale et des espaces d’accompagnement.

Parce qu’au bout du compte, le véritable enjeu n’est pas de gagner une guerre Instagramique.

Mais de protéger l’intégrité des personnes qui cherchent de l’aide.

Cet article n’a pas vocation à trancher un débat complexe.
Mais tente simplement de remettre un peu de nuance dans un sujet qui en manque souvent cruellement.

F.A.Q.

Donc diplômes et études ne servent à rien ?

Absolument pas.
Je pense au contraire que des connaissances fondamentales en psychopathologie, éthique, trauma ou relation thérapeutique sont essentielles lorsqu’on accompagne la souffrance psychique.

Le problème c’est de croire qu’un titre suffit, à lui seul, à garantir la qualité humaine, relationnelle ou éthique d’un accompagnement.

Par ailleurs, il est tout à fait possible, hors cursus universitaire, de suivre des formations de qualité, dispensées par des psychologues et psychiatres, ouvertes aux thérapeutes. On peut donc être psychopraticien ET formé solidement en psychopatho, psychotrauma, relation d’aide,…


Mais certains psychopraticiens sont réellement dangereux.

Oui, très clairement !! C’est même dramatique.

Certaines formations sont extrêmement insuffisantes et certaines pratiques peuvent mettre des personnes vulnérables en danger.

C’est précisément pour cela que je plaide pour davantage de cadre, de lisibilité et d’exigence dans les formations. Et l’interdiction stricte de la mise en ligne de formations pour « devenir psychopraticien en 28 jours ».


Pourquoi ne pas avoir fait psychologie alors ?

Parce que ce n’était pas mon projet professionnel.

Je ne cherche pas à être psychologue « sans le diplômee.
Je ne me présente d’ailleurs jamais comme telle.

J’ai choisi une autre posture d’accompagnement, avec d’autres outils, d’autres approches et un autre cadre.


Pensez-vous que toutes les approches se valent ?

Non, loin de là !!

Et reconnaître les limites de certaines institutions ou expériences médicales ne signifie pas rejeter la psychologie, la psychiatrie ou la médecine scientifique.

Je crois simplement que beaucoup de personnes ont besoin d’approches complémentaires et pluridisciplinaires.

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